7

« C’est la malédiction de la grandeur que d’avoir à fouler des cadavres aux pieds. »

 

Heinrich Himmler

 

« Chaque fois qu’il s’agit d’établir un nouveau pouvoir, le terrorisme se pose comme une absolue nécessité. »

 

Adolf Hitler

 

Steadman retira le drap du lit et contempla le corps bronzé de Holly. Les pointes de ses seins étaient roses et dures, érigées par l’excitation sur l’aréole plus sombre. Des yeux, il suivit la courbe douce de sa taille, passa sur le ventre plat et le triangle doré de son sexe avant de parcourir les lignes parfaites de ses jambes. Le corps de Holly trahissait la fermeté des muscles sous la peau dorée. Douce d’apparence, la jeune femme était en réalité d’une vigueur peu commune.

— S’il te plaît, murmura-t-elle en le regardant. Prends-moi dans tes bras.

Elle le contempla un moment avec naturel et il eut soudain conscience de son érection. Il se glissa auprès d’elle et remonta le drap jusqu’à leurs épaules avant de passer un bras autour de sa taille et de l’attirer contre lui. Ils restèrent ainsi, leurs corps soudés l’un à l’autre, savourant leur chaleur mutuelle, heureux de cet instant privilégié de paix.

Cet après-midi, la jeune femme avait beaucoup surpris Steadman. Trois minutes après la chute du tank, des véhicules militaires étaient arrivés en trombe, et on les avait assaillis de questions. Holly avait très vite recouvré son calme alors que le détective se libérait de sa tension en s’emportant contre les officiers. Ils avaient été emmenés au Quartier général d’Aldershot où l’interrogatoire avait repris, de façon plus structurée cette fois. Pourquoi s’étaient-ils écartés de la route ? N’avaient-ils pas vu les pancartes de danger ? Pourquoi un Chieftain les aurait-il pris en chasse ? N’avaient-ils pas plutôt coupé la route du tank en s’aventurant dans les bois ? Avaient-ils parlé à l’équipage du blindé, à un moment ou un autre ?

La photographe avait répondu posément, sans montrer de séquelles du péril dont ils venaient de réchapper autres que son apparence  – ses vêtements étaient déchirés et elle portait de nombreuses égratignures –, puis elle avait inversé les rôles en invectivant les militaires au sujet des mesures de sécurité, à l’évidence insuffisantes. Elle s’était même rebellée d’être traitée en suspecte et avait menacé de poursuivre l’armée en justice.

Cette charge inattendue avait déstabilisé le lieutenant-colonel chargé de l’interrogatoire, et le détective avait souri de son embarras. La situation s’était détendue dès l’arrivée du major Brannigan qui avait confirmé leur identité et les mobiles de leur présence. Il leur avait présenté des excuses formelles et assuré qu’une enquête approfondie serait menée sur « l’incident ». Au ton de Brannigan, Steadman avait compris qu’ils étaient toujours soupçonnés.

Le major leur avait fourni une limousine pour les ramener à Londres. Après que Holly avait récupéré son Pentax au poste de garde de Long Valley, Steadman avait suggéré qu’elle l’accompagne chez lui pour un verre et une bonne douche. Elle avait accepté avec joie car elle était peu désireuse de subir la traversée, forcément éprouvante à cette heure, de Londres jusqu’à l’appartement de la banlieue nord où elle séjournait.

Pendant tout le trajet, elle avait conservé une réserve un peu absente, et le moment d’étrange intimité partagé durant le danger avait paru effacé. Mais chez Steadman, alors qu’il leur préparait une boisson forte, elle avait éclaté en sanglots et il l’avait serrée dans ses bras pour la consoler. Sachant que ce n’était là que le contrecoup de l’émotion subie, il l’avait rassurée à voix basse en la tenant contre lui. Peu à peu elle avait cessé de trembler et de pleurer, et il l’avait incitée à boire son cognac, l’accompagnant car elle n’était pas seule à en avoir besoin. Il avait encore en mémoire l’horreur éprouvée quand sa veste s’était prise dans les roues du char. L’alcool avait apaisé un peu leurs nerfs à vif sans pour autant éteindre l’acuité de leur sensibilité. Ils se regardèrent et cette intimité inexprimable les submergea de nouveau.

Steadman n’avait pas été surpris quand elle lui avait demandé de coucher avec elle car tous deux savaient que ce n’était pas un intérêt sexuel mais l’envie de partager physiquement cette entente innée qui les liait. Pour le détective, c’était une sensation presque oubliée depuis Lilla. L’évocation de celle-ci ne lui avait cependant donné aucune culpabilité. Alors qu’elle l’avait gêné et qu’il avait dû la repousser quand il avait fait l’amour avec d’autres femmes, même Maggie. Pourtant, avec Holly, ces émotions avaient resurgi sans aucune entrave. Bien qu’il ne sût presque rien d’elle, et ne pût s’expliquer cet accord naturel entre eux.

Il l’emmena à l’étage et l’observa tandis qu’elle se dévêtait. Elle alla se doucher puis réapparut dans la chambre, les cheveux assombris par l’humidité. Ses jambes étaient fuselées, la courbe de ses hanches gracieuse mais discrète. Steadman jugea qu’elle avait des épaules un peu larges selon les canons de la beauté féminine, mais seule la comparaison avec le bassin révélait cette particularité qui par ailleurs ne nuisait pas à son charme. La jeunesse gonflait ses seins orgueilleux.

Elle s’était allongée dans le lit et, la tête appuyée sur une main, elle l’avait regardé se déshabiller à son tour. Le corps de Steadman était resté sec et musclé, révélant l’athlète endurci qu’il avait été quelques années plus tôt. Il n’avait ressenti aucune gêne d’être ainsi examiné. Elle avait jeté un regard peiné aux cicatrices zébrant son dos mais sans poser pourtant aucune question. Après une douche, il était revenu dans la chambre et elle lui avait offert ces moments de sérénité qui lui manquaient depuis si longtemps.

A présent il l’étreignait de nouveau, et pendant un instant, quand elle ouvrit les yeux, il crut y lire une inquiétude profonde. La lueur disparut aussitôt de son regard, mais il était certain de ne pas s’être trompé.

— Pourquoi ont-ils essayé de nous tuer ? murmurat-elle en reculant un peu pour mieux le dévisager. Quelle raison pouvait avoir l’équipage du tank ?

— Je ne sais pas, Holly. Dans ce métier, on se fait des ennemis... On devait tenter de me supprimer, moi. Et nous ne savons pas s’il y avait un équipage complet dans le Chieftain.

— Voler un tank pour te tuer ?

Steadman eut une moue d’impuissance.

— Comme je l’ai dit : on se fait des ennemis...

— A moins que ce ne soit moi qu’on ait voulu assassiner.

Il la regarda avec un étonnement non feint.

— Te tuer ? Pourquoi le voudrait-on ?

— Je ne sais pas. Mais j’ai senti la menace, Harry, comme quelque chose de... possédé par le mal, quelque chose de dépravé. Comme si le tank était vivant, animé par cette haine...

Elle avait donc éprouvé la même chose que lui, se dit-il avec un malaise diffus. Il la vit frissonner et l’embrassa dans un geste protecteur.

— N’y pense plus pour l’instant, dit-il. Ils trouveront le ou les corps dans les débris du char et procéderont à une identification. Ainsi nous saurons qui a voulu nous tuer.

Elle se pressa contre lui.

— Il y a autre chose, n’est-ce pas ? Tu ne me dis pas tout...

Il fut soudain pris d’un désir violent de tout lui raconter, de lui parler de Maggie, du Mossad, des Services secrets britanniques. Après toutes ces années de dissimulation et de mensonge, il avait un besoin subit et très fort de se confier, de partager ce côté obscur de son existence. Pourtant quelque chose le retint. Peut-être ses années sous le signe du secret dans l’armée britannique, puis au Mossad ou même comme détective, l’empêchaient-elles de croire assez en quelqu’un pour se livrer ainsi. Et quoiqu’il se sentît très proche de la jeune femme, sa prudence lui rappelait qu’elle n’était encore qu’une étrangère.

— Oui, dit-il après un moment. Il y a autre chose mais il vaut mieux que tu n’en saches rien.

Elle resta silencieuse près d’une minute, puis chuchota :

— Qui es-tu réellement, Harry ? Et pourquoi travailles-tu dans le milieu des armes ? Tu ne veux pas me le dire ?

— Je t’ai déjà dit qui je suis.

— Non. Tu m’as dit ce que tu étais.

— Ce que je suis et qui je suis, c’est pareil, dit-il avec un sourire indéfinissable.

Elle secoua la tête, mécontente.

— Trop facile. Ça n’explique pas tout, Harry. Pourquoi sers-tu d’intermédiaire dans les ventes d’armes ?

— Si ce n’était pas moi ce serait quelqu’un d’autre...

— Tu ne réponds toujours pas.

Il lui caressa la joue.

— Laisse-moi un peu de temps, Holly, d’accord ? dit-il doucement. Le danger nous a brusquement rapprochés, mais demain nos sentiments auront peut-être changé. Il faut être patient.

Elle acquiesça et enserra sa nuque humide d’une main légère.

— Tu ressens la même chose que moi, n’est-ce pas ? murmura-t-elle, soudain fragile.

Il lui sourit et déposa un baiser sur son front.

— Oui.

— Alors c’est bien.

Elle l’embrassa avec violence et leur nervosité céda, se métamorphosant instantanément en passion.

Plus tard, alors qu’ils savouraient la langueur qui suit la jouissance, Steadman resta collé contre elle pour profiter de cette intimité inattendue qu’ils découvraient. Holly baisa son cou, caressa son dos du bout des doigts. Elle était heureuse de ce qu’ils venaient de vivre, mais aussi désorientée par la force de ses sentiments à son égard. Elle avait l’impression de donner trop, et trop vite.

Il éprouvait le même trouble, mais elle en était inconsciente. Quand enfin il s’écarta d’elle et s’allongea sur le dos, ils s’entre-regardèrent avec le même étonnement.

— Que nous arrive-t-il ? chuchota-t-elle.

Il posa un index en travers de ses lèvres.

— C’est encore trop incertain pour en parler.

Holly parut sur le point de répondre, puis se ravisa. Elle se détourna mais il eut le temps de voir la tristesse dans son regard. Il se pencha sur elle et baisa doucement ses lèvres.

— Ne t’inquiète pas pour ça, d’accord ?

Les yeux de la jeune femme étaient embués, mais elle l’embrassa sans hésiter.

— Je ne veux pas tomber amoureuse de toi, souffla-t-elle.

— De quoi as-tu peur, Holly ? Es-tu tellement effrayée à l’idée de te donner à quelqu’un ?

— Tu ne comprends pas...

La sonnerie du téléphone au rez-de-chaussée l’interrompit. Elle sentit le corps de Steadman se raidir et vit ses yeux se voiler.

— Harry, que se passe-t-il ?

Il la regarda sans la reconnaître. Son esprit venait d’être projeté dans le passé, dans un autre pays. Le téléphone avait sonné aussi, dans leur appartement de Bruxelles, alors que lui et Lilla venaient de faire l’amour, sans savoir que c’était pour la dernière fois.

Lilla avait insisté pour qu’il ne réponde pas, elle l’avait agrippé en réclamant son corps. Pour plaisanter il l’avait repoussée avec un oreiller. L’appel était peut-être important, avait-il expliqué, peut-être même une nouvelle mission. L’inactivité lui pesait parce qu’avec elle il commençait à beaucoup l’apprécier. Raison de plus pour ignorer le téléphone, avait-elle répliqué en riant, et elle l’avait supplié de façon outrancière. Mais il était passé dans le salon pour décrocher.

L’oreiller avait frappé le chambranle de la porte de communication, et cette simulation de colère avait fait sourire Steadman. Il avait pris le combiné au moment où elle venait le narguer à l’entrée de la pièce, s’appuyant à la porte dans une pose provocante, son corps nu luisant encore de la transpiration de leurs ébats.

Il avait regardé ailleurs quand la voix masculine lui avait demandé en français s’il était bien Mr. Clément. C’était là son identité d’emprunt du moment, et il avait répondu par l’affirmative.

Dès le début du sifflement suraigu dans le récepteur, il avait compris. Les Israéliens avaient utilisé le même système pour éliminer le Dr Mahamoud Hamshari ; représentant de l’OLP en France. Un signal électronique était transmis par le téléphone et déclenchait une bombe cachée dans l’appartement non loin de l’appareil.

Il avait bondi vers Lilla mais il savait que c’était trop tard.

L’éclair aveuglant avait illuminé la pièce : la mort.

Plus tard il avait compris que c’était l’angle de son corps plongeant vers la jeune femme qui l’avait sauvé. Les éclats de la bombe avaient transpercé ses jambes et ses pieds, mais il avait évité le gros de l’explosion. Un miracle, avaient dit les médecins. Mais il ne pouvait s’en réjouir si Lilla devait mourir.

Il avait fallu trois jours pour que la jeune femme déchiquetée plonge enfin dans la libération finale. Trois jours de douleurs atroces, pendant lesquels elle n’avait jamais complètement repris conscience sans pour autant cesser de souffrir. Pendant soixante-douze heures ses lèvres déchirées s’étaient tordues sur des cris muets.

Steadman avait prié pour qu’elle meure, il avait supplié les médecins d’abréger son agonie ; mais leur travail était de la maintenir en vie coûte que coûte, quelle que fût sa douleur, et ils ne l’avaient pas écouté. Pour le faire taire et bâillonner son angoisse, ils l’avaient assommé de tranquillisants surpuissants.

Longtemps après la mort de Lilla, quand il avait enfin émergé du deuil qui l’accablait, il avait compensé ce vide par de nombreuses autres morts.

Et maintenant, dans des circonstances similaires à celles de ce drame, le téléphone sonnait de nouveau, comme pour lui rappeler que le passé n’était pas mort.

— Harry ? — Holly le secouait par l’épaule — Qu’y a-t-il ? Tu es si pâle...

Le brouillard quitta les yeux de Steadman et il la regarda.

— Tu ne vas pas répondre ? lui dit-elle.

Sans un mot il sortit du lit et enfila sa robe de chambre. Ses gestes étaient ceux d’un automate, mais l’inquiétude dans la voix de Holly finit par l’atteindre.

— Ne bouge pas d’ici, ordonna-t-il.

En une fraction de seconde ses mouvements devinrent précis et fluides. Il disparut dans le couloir et elle l’entendit descendre l’escalier avec la souplesse d’un fauve.

Dans le salon, Steadman jeta un coup d’œil circulaire sans se soucier du téléphone. Rien ne paraissait déplacé, mais il vérifia rapidement les quelques endroits susceptibles de dissimuler une bombe  – derrière les livres encombrant les étagères, sous les coussins du canapé et du fauteuil, derrière la télévision  – avant de se sentir un peu plus rassuré. Il tourna alors son attention vers l’appareil téléphonique. L’insistance du correspondant devenait suspecte. Le téléphone lui-même pouvait contenir un système explosif. Il le soupesa sans le trouver anormalement lourd. Alors seulement il prit le risque et décrocha.

— Steadman ? C’est vous ?

C’était la voix de Pope. Le détective poussa un soupir.

— Bon sang, Steadman ! Répondez !

— Oui, c’est moi, fit-il avec calme.

Il y eut un silence, puis Pope grogna :

— Ça vous en a pris un temps, pour répondre !

— Comment saviez-vous que j’étais ici ? contra Steadman.

— C’est mon boulot de savoir ce genre de choses, rétorqua à son tour Pope avant de se radoucir : J’ai appris ce qui vous est arrivé à Long Valley... Que pouvez-vous m’en dire ?

Steadman lui rapporta les faits avec sobriété, sans relief ni émotion, comme à un client. Il mentionna l’invitation de Gant pour une rencontre ultérieure.

— Parfait, commenta Pope. Allez-y. Qui est cette femme, cette... Holly Miles, c’est bien ça ?

— Oui. Une journaliste-photographe qui travaille en free-lance. Elle fait un article sur les ventes d’armes pour un journal du dimanche.

— Et Gant a accepté de la renseigner ?

— On dirait.

— Hmm... Curieux. Il n’est pas dans ses habitudes d’accepter une telle publicité.

— Peut-être veut-il sortir de l’ombre...

Steadman fit volte-face en sentant une présence dans la pièce. C’était Holly, vêtue de sa chemise. Elle lui sourit et il se décontracta. La voix de Pope le ramena à leur conversation.

— Vous êtes bien sûr que le tank vous poursuivait ?

— Oui. Il essayait de nous écraser.

— Vous êtes certain que ce n’était pas une erreur ?

— Écoutez, on a déjà vu toutes les hypothèses avec la sécurité militaire du camp. Ce foutu blindé a broyé la voiture et ensuite il a essayé de nous faire subir le même sort. Il nous a chassés pendant au moins cinq minutes.

— Oui, je vois... C’est très étrange...

L’impatience gagnait Steadman.

— C’est tout ce que vous en pensez ? Ça, nous le savons aussi bien que vous, mais vous et moi... (Il se souvint de la présence de Holly et laissa sa phrase en suspens.) Alors, qui était dans ce tank ? Avez-vous réussi à savoir pour qui ils travaillaient ?

Il avait pris soin de ne pas nommer Gant, mais l’allusion devait être transparente pour Pope. Pourtant celui-ci ne répondit pas. Les secondes passèrent.

— Pope ? Vous m’avez entendu ?

— Euh, oui, bien sûr... Le Chieftain n’était plus qu’un amas de ferraille, vous vous en doutez. Le réservoir et les munitions ont explosé...

— Je sais. Et les corps ?

— Là est tout le problème, Harry... (De nouveau, un long silence.) Il n’y avait pas de corps. Le char était vide.

— Mais c’est impossible ! Ils ont dû réussir à s’échapper, ou alors ils ont complètement brûlé !

Brusquement un froid sinistre s’était insinué en Steadman.

— Aucune chance qu’ils aient pu s’échapper. Et les experts auraient retrouvé des traces des cadavres, quels que soient les dégâts. Non, Harry : le Chieftain était vide. Personne ne le conduisait.

Incapable de croire les paroles de Pope, Steadman contempla fixement le récepteur. Quand il se tourna vers Holly il lut dans ses yeux la même confusion.

La lance
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